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Daniel
Glasner
Les gérants de
fortune indépendants n’ont pas atteint en Suisse la maturité et
l’esprit de corps nécessaires pour créer une association
professionnelle unie.
«La profession manque
de leadership pour mieux défendre ses intérêts»
Profil
Daniel
Glasner. CEO d’Action Finance à Genève, ex-président du
GSCGI
1982-1988.
Années américaines. Tout
d’abord spécialiste des dérivés au Chicago Board of Trade, il
devient, en 1986, l’un des analystes financiers de Samuel Zell, le
patron de Equity Financial and Management Co.
1988-1993.
Il est engagé à la SBS à Bâle pour monter notamment une opération
de «market making» en options.
1993-1995.
Il entre chez Darier Hentsch où il travaille notamment avec Bénédict
Hentsch pour assister à la gestion du Hentsch Treasury Fund, dépassant
1 milliard de francs à cette époque. «Après la fusion, des équipes
étaient venues de la SBS», précise-t-il.
1995-2003.
Il est engagé pour «transformer et rendre
la société ATAG Asset
Management conforme à
la loi LBVM
», puis passe, en 1999, au service de
la Société Financière Privée
qui doit se restructurer. Il y remplace son directeur général et
fondateur qui vient de perdre sa garantie d’activité irréprochable.
En 2003, il décroche une licence bancaire pour cet établissement.
2004.
Le 19 mai, il
fonde sa société de gestion de fortune, Action Finance SA, spécialisée
dans l’analyse, les conseils et la mise en place d’une plateforme «clefs
en mains» pour les nouveaux gérants, et intervenant aussi comme expert
pour résoudre les conflits entre clients et gérants ou avec les
banques.
aniel Glasner a présidé le GSCGI (Groupement
suisse des conseils en gestion indépendants) depuis 2007 jusqu’au début
2010, une association professionnelle née en 1993 d’une scission avec
l’ASG, l’Association suisse de gérants de fortune. Le CEO
d’action Finance à Genève évoque les dissensions persistantes entre
les différentes associations qui nuisent à une bonne défense de
la profession. De
l’histoire récente, il retient deux dates: celle d’octobre 2007,
avec la reconnaissance du statut d’intermédiaire financier pour les gérants
indépendants, et celle de janvier 2009, avec la possibilité, pour les
clients des gérants, d’obtenir à travers leur gérant de fortune le
statut d’investisseur qualifié même s’ils disposent de moins de 2
millions de francs d’avoirs financiers.
Quels sont actuellement les enjeux majeurs auxquels
sont confrontés les gérants indépendants?
Il y a évidemment les problèmes liés à la
situation conjoncturelle. Mais l’on dénombre aussi de nouveaux défis
comme, par exemple, l’apparition de «country manuals» ou «petit
guide du savoir-faire réglementaire» auxquels les gérants doivent de
plus en plus se soumettre, même lorsqu’ils sont indépendants. Il
existe également une dynamique différente qui tend à faire des gérants
des grands établissements des vendeurs de produits. Il y a encore des
enjeux réglementaires, notamment la pression exercée par un lobby qui
demande que les gérants indépendants en charge de la gestion des
avoirs des caisses de pension soient affiliés à
la Finma. On
se dirige donc vers une licence de gérants de fonds appartenant à des
institutions de prévoyance. Par ailleurs, une pression s’exerce pour
que les gérants indépendants soient soumis à des exigences de fonds
propres. Dans ce contexte, la profession manque d’une représentation
unique, et elle manque aussi de porte-parole.
Vous dites que la profession manque d’un
porte-parole. Mais le GSCGI n’est-il pas l’exemple de ces
dissensions?
C’est une question qu’il faut poser à tout
membre d’une association à but non lucratif dont la grande majorité
des membres sont plutôt réactifs, voire passifs. Les raisons de ma démission
en octobre 2009 et mon départ au début de l’année 2010 sont très
faciles à comprendre: d’une part j’ai contribué à faire
progresser le GSCGI, d’autre part je ne pouvais plus consacrer près
de 30% de mon temps à titre bénévole et enfin parce que j’avais une
divergence d’opinion avec certains membres du conseil.
J’ai accompli en tant que vice-président puis président
et avec certains membres du conseil un travail de restructuration de
l’association et lui ai insufflé une nouvelle dynamique qui lui a
permis entre autres de faire reconnaitre par la CFB, le code de conduite
du GSCGI, remis à jour, mais datant des années 1990. J’avais aussi
contribué à faire accepter en 2007 par la Commission fédérale des
banques (CFB) le statut – totalement nouveau – du gérant indépendant
en tant qu’intermédiaire financier non-bancaire.
Pour le GSCGI, la reconnaissance de son code de
conduite représentait une étape importante, car nous avions pu ainsi
renforcer notre notoriété vis-à-vis de la CFB et du public. En effet,
le GSCGI est purement une association professionnelle et non pas une
OAR-LBA. Il se distingue donc en tant qu’association professionnelle
de la plupart des OAR qui se sont vu reconnaître leur code de conduite,
fraîchement fabriqué. Il faut mentionner que ces OAR-LBA sont soumises
à l’Autorité de Contrôle, intégrée dans la Finma, depuis près de
10 ans.
J’ai donné ma démission parce que je n’étais
pas d’accord avec une partie du conseil du GSCGI qui voulait à tout
prix continuer une guerre infanticide à l’encontre du Comité de
l’OAR-G, qui avait décidé de soumettre lui aussi un code de
conduite. Ce manque patent de collaboration du Comité de l’OAR-G avec
les objectifs poursuivis par le conseil du GSCGI en matière
d’unification et d’uniformisation des tâches de surveillance
prudentielle était un «casus belli» à l’encontre du GSCGI. Il
convient de rappeler que l’OAR-G est issue et doit entièrement son
existence au GSCGI. Ce qui m’importait plus était d’améliorer les
règles cadre de notre profession et d’offrir aux gérants des
solutions pratiques aux problèmes quotidiens auxquels ils sont confrontés.
De plus, la Suisse ayant été mise sous la loupe par le GAFI, la
convocation d’une assemblée générale extraordinaire de l’OAR-G,
qui était prête à être lancée, aurait mis de l’huile sur le feu
et causer des dégâts supplémentaires à notre place financière par
une remise en question médiatique du système d’autorégulation.
Afin d’éviter toute rupture du fonctionnement de
notre conseil, j’ai proposé à mes collègues de continuer à présider
celui-ci jusqu’à ce que l’on trouve un nouveau président, ce qui
n’a pas été possible, semble-t-il, en raison de la lourdeur de la
charge.
Pour mémoire, l’ASG perçoit des revenus annuels
qui dépassent les 4 millions de francs alors que ceux du GSCGI n’excèdent
pas 300 000
francs. Ces deux associations professionnelles ont encore quelques
divergences sur l’exercice du métier de gérant et du spectre de sélection
de leurs membres, mais j’espère qu’un jour proche nous pourrons
faire table rase et nous unir ainsi qu’avec tous les gérants indépendants
professionnels en Suisse afin de faire contrepoids à d’autres lobby
et parler d’une seule voix aux instances fédérales, au monde
politique et au public.
Bien que gérant près de 15% des avoirs déposés
en Suisse, les gérants de fortune indépendants en Suisse n’ont pas
encore atteint la maturité et l’esprit de corps nécessaires pour créer
et financer une association professionnelle nationale, véritablement
unie.
Le Forum des OAR ne joue-t-il pas ce rôle dans une
certaine mesure?
Non, les diverses OAR sont assujetties à la Finma
et ne sont donc pas indépendantes; leur objectif, hormis en ce qui
concerne l’ASG et le GSCGI, n’a pas été la création
d‘associations professionnelles se consacrant à la défense des intérêts
de
la profession. Par
exemple, depuis que les OAR peuvent aussi exercer la surveillance
prudentielle, on a assisté à l’adoption de sept codes de conduite
prudentielle qui se ressemblent d’ailleurs tous d’assez près.
C’est aberrant, «il faut» uniformiser ce «permis de conduire».
Les «country manuals» ne sont-ils pas aussi des
codes de conduite d’un genre nouveau? Sous sa forme actuelle, le phénomène
est récent: on a vu apparaître beaucoup de documents de ce genre
depuis début 2011. Les banques prennent l’exercice très au sérieux
et engagent des frais importants: il faut obtenir des avis de droit
partout où les gérants se rendent pour éviter qu’ils ne se
retrouvent en infraction avec la loi du pays de destination. Ensuite,
chaque gérant doit passer un test concernant le pays en question et
cela aussi entraîne des réorganisations au sein de
la banque. On
enlève des clients à un gérant pour les placer sous la responsabilité
d’un autre qui a passé le test relatif au pays concerné. La relation
avec le client s’en trouve modifiée, alors que les affinités passent
au second plan. Tout incident doit désormais remonter à la plus haute
hiérarchie de la banque et doit faire l’objet d’un rapport formel.
La question se pose aussi de savoir jusqu’où les
banques vont obliger les gérants indépendants à se soumettre à ce
genre de règles, par exemple en organisant des cours de formation
obligatoires. En tant que dépositaires, elles sont tout de même
parties à la relation avec le client. La question se pose notamment
dans le domaine de la protection de l’investisseur «retail» lequel
est regardé comme un petit consommateur. Afin d’accorder plus de
souplesse dans l’univers de placements accessibles aux investisseurs
qualifiés, le Luxembourg a, par exemple, introduit pour certains fonds
de placement collectifs une obligation d’acquérir des parts pour un
montant minimal de 125 000
euros. Dès lors que, selon la législation suisse, un gérant peut
parfaitement investir de plus petits montants pour ses clients qui sont
au bénéfice du statut d’investisseur qualifié, cette différence de
seuil minimum d’entrée peut représenter un conflit de droits. Dans
l’énumération des importantes différences pouvant exister d’un
pays à l’autre, l’on relèvera que l’Uruguay va très loin,
puisqu’il ne fait pas de distinction entre clients fortunés ou non,
les mêmes règles prudentielles étant applicables à tous.
En tant qu’expert, vous êtes bien placé pour
mesurer les limites de la protection des investisseurs sur le marché
suisse de la gestion de fortune
En effet, il s’avère que deux clients directs
d’une banque à Zurich, lesquels avaient en 2007 un capital initial de
près de 1,5 million de francs chacun se sont retrouvés avec un solde négatif
de 700 000
francs, donc des dettes. Dans ce cas, l’expert intervient d’abord à
titre privé, pour analyser le type de relation qui s’est construite
entre la banque et les clients et établir un état des lieux; par la
suite, si la banque considère qu’elle a une certaine responsabilité
dans cette débâcle, mon objectif est de l’amener à négocier un dédommagement
décent. En dernier recours, il y a aussi les tribunaux, mais les procédures
peuvent durer dix ans. Malgré cela, je suis défavorable à une
protection trop contraignante des investisseurs si cela revient à leur
enlever toute capacité de discernement: celui qui veut prendre des
risques doit pouvoir le faire, en toute connaissance de cause.
Pour l’instant, le risque le plus sérieux pour
nombre de clients n’est-il pas d’ordre fiscal?
En effet, le client doit d’abord réfléchir à
la façon de régulariser ses actifs non déclarés. Il est de plus en
plus seul et «non-accompagné» pour accomplir cette tâche, car les
banques veulent se dissocier de cette activité. Déjà, les banques ne
veulent plus faire de mises à disposition en Suisse pour des clients
qui ont transféré leur compte à Singapour ou hors de Suisse. Plus
question de créditer ici en espèces pour débiter un compte là-bas.
D’une manière générale, les banques ont aussi cessé de proposer
activement le transfert des avoirs du client de Suisse à un nouveau
compte dans leur propre banque à Singapour. Certains clients pensent
que leurs avoirs échapperont plus facilement à une demande
d’entraide. Mais ce genre de stratégie paraît déjà dépassé.
Quelles ont été les conséquences sur la
profession de la pression réglementaire de ces dernières années?
On voit de moins en moins de gérants indépendants
qui travaillent seuls ou à deux. Ils privilégient de petites
structures qui regroupent trois ou quatre personnes. L’introduction de
la révision prudentielle, en janvier 2009, pour tous ceux qui
souhaitent disposer du statut d’investisseur qualifié, oblige les gérants
à mieux s’organiser et à structurer leurs méthodes de travail, donc
à cultiver le côté administratif de leur activité. Mais tout cela coûte
cher, car il faut payer l’intervention d’un réviseur et mettre en
place une organisation de travail adéquate. Quant au client, il doit
dorénavant être parfaitement informé sur les honoraires et les rétrocessions
que le gérant indépendant ou la banque prélèvent et reçoivent. En
outre ceux-ci doivent expliquer au client plus en détail les éventuels
conflits d’intérêts inhérents à leur profession.
Il est aussi question d’introduire des exigences
de fonds propres?
Un gérant indépendant n’a pas besoin de
disposer de fonds propres aussi importants que ceux exigés de la part
des banques, car les avoirs du client sont précisément déposés auprès
de
la banque. En
revanche, pour pallier à toute faute professionnelle, le gérant indépendant
devrait souscrire à une assurance responsabilité civile, ce qui est
encore loin d’être la règle; même si l’ASG et le GSCGI la
recommandent vivement, elle n’est pas rendue obligatoire pour leurs
membres.
Certains gérants ne sont-ils pas tentés d’alléger
leurs charges en se limitant à des activités de conseil?
Ceux qui n’offrent que du conseil financier, sans
bénéficier d’un pouvoir de gestion sur les comptes des clients, ne
sont pas assujettis à l’obligation de s’affilier à un organisme
d’autorégulation (OAR) et l’on observe effectivement quelques cas
de gérants qui ne veulent plus d’affiliation à un OAR. Il y a
l’allègement des charges administratives, mais il y a aussi le fait
qu’un conseiller financier de ce type n’a pas besoin de «connaître
son client» au sens de la loi sur le blanchiment d’argent (LBA).
Mohammad
Farrokh
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