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Opinions par Daniel Glasner, fondateur et directeur d’Action Finance SA.

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La mutation de l’industrie des fonds de placement, en matière de commissions rétrocédées aux vendeurs/distributeurs est en marche

Cette évolution affecte-t-elle l’investisseur particulier?

Nous trouvons dans le jargon des initiés, le terme de TOTAL EXPENSE RATIO (« TER »).

Le TER se calcule en additionnant tous les coûts annuels supportés par un fonds de placement et en les divisant par le montant des avoirs dudit fonds. Le TER a une influence directe sur le rendement qu’obtient l’investisseur. En effet, si par exemple, la performance brute du fonds atteint 7% pour une année, mais que le TER est de 3%, l’investisseur perçoit un rendement d’approximativement 4%.

Plusieurs facteurs influent sur ce TER. En principe, plus la taille du fonds de placement est importante, plus seront « dilués » les coûts supportés par le fonds de placement. Plus le TER est élevé, plus l’investisseur est désavantagé. Par exemple, si les coûts supportés par un fonds sont de 1’500’000. Si la taille du fonds est de 100’000’000, le TER est de 1,5%. Par contre, si la taille du fonds est de 50’000’000, le TER est de 3%.

Il faut noter toutefois une exception à cette course au gigantisme de la taille des fonds de placement, lorsque le gérant du fonds est extraordinairement bon, il n’a pas besoin d’une promotion commerciale importante (= coûts élevés), à cause de la bonne performance du fonds qu’il parvient à générer. Cette dernière est publiée périodiquement, se démarque naturellement vis-à-vis des concurrents et attire donc automatiquement les investisseurs.

Sans vouloir établir ici une liste complète des composants des coûts supportés par un fonds de placement, le composant qui provoque la remise en question du modèle d’affaires existant est la commission rétrocédée par la Direction du fonds au gérant de fortune interne ou externe à la banque au bénéfice d’un mandat de gestion discrétionnaire ou au conseiller en placement qui « place » le fonds de placement dans le portefeuille de son client.

En supposant que l’investisseur particulier ne soit pas obligé de payer des frais de souscription pour acquérir un fonds de placement ni des frais de courtage, le seul coût qui lui incombe de payer à la Direction du fonds est la commission annuelle de gestion du fonds figurant dans le « document d’information clé » (« DICI » en français ou « KIID » en anglais) qui doit être remis à l’investisseur particulier, avant qu’il n’effectue l’achat du fonds.

En admettant que la Direction du fonds facture 1.50% par an (débité mensuellement ou quotidiennement) à l’investisseur particulier, la commission rétrocédée en faveur du gérant de fortune peut s’élever à 0.60% par an. Cette rétrocession crée une controverse entre la volonté du régulateur de réduire les conflits d’intérêts et les professionnels de la branche qui s’en accommodent.

Non pas du fait que cette commission n’est pas nécessairement justifiée, mais parce que la Direction du fonds accomplit simultanément deux fonctions, souvent au sein du même établissement: la première est de gérer le fonds de placement dans lequel le client a investi et la deuxième est de lui vendre « indirectement » ce fonds de placement grâce à l’accord de vente/distribution/placement (rétrocession d’une commission) qu’elle conclut avec le gérant de fortune du client/conseiller en placement.

L’industrie financière a tendance à englober la commission de rétrocession qui est versée au vendeur/distributeur/gérant de fortune au sein du « produit » (fonds de placement/produit structuré, etc.) qui est offert au client. Cette façon de procéder rend opaque la détermination exacte des revenus perçus par les divers protagonistes de la chaîne de fabrication et de la vente du produit; il en est de même des rôles respectifs qu’ils y jouent.

Le législateur est déjà intervenu à plusieurs reprises afin d’obliger les gérants de fortune/conseillers en placement en Suisse à rendre des comptes à leurs clients et à les informer que les rétrocessions qu’ils perçoivent font partie intégrante de leurs revenus. Ceci en complément aux honoraires de gestion facturés dans le cadre d’un mandat de gestion (par exemple de 1.00% par an), à moins que les clients s’opposent spécifiquement à ce système de rétrocession en faveur de leur gérant de fortune.

Il suffit donc, afin de réduire ce conflit d’intérêts, que la commission rétrocédée ne soit plus facturée par la Direction de fonds, ce qui implique une diminution de la facture de cette dernière au client particulier, par exemple de 1.50% à 0.90% par an. En conséquence, le gérant de fortune/conseiller en placement qui était rémunéré auparavant par une commission rétrocédée de 0.60%, augmente à présent ses honoraires de gestion de 0.60% (par exemple de 1.00% à 1.60%) pour compenser le manque à gagner.

Cette nouvelle tarification ne change pas le montant total d’honoraires que paie le client ayant octroyé un mandat de gestion ou de conseil à son gérant de fortune, mais elle a le mérite de dissocier les honoraires payés pour l’activité de sélection des investissements et du conseil personnalisé en placement qu’il obtient, de l’activité de gestion des avoirs qu’il a confiée à la Direction du fonds.

Bien entendu, cette évolution affectera le modèle d’affaires du distributeur, lequel se transformera vraisemblablement à moyen terme en conseiller en placement, rémunéré directement par son client. Toutefois, il est aussi concevable que la Direction de fonds continue à rétrocéder une commission au distributeur afin que ce dernier mette les fonds de placement « en vitrine », il suffira d’en informer correctement le client.

Le véritable gagnant dans cette mutation est l’investisseur particulier qui ne souhaite pas recevoir des conseils et qui cherche uniquement à transmettre des ordres de souscription ou de rachat pour les nouvelles classes de part de fonds de placement dont les coûts de gestion annuels auront passablement baissé.

Caveat emptor* : l’investisseur particulier « do-it yourself » profitera de cette mutation, à moins qu’il ne succombe aux campagnes de publicité qui vantent les mérites d’un fonds de placement dont les performances futures ne seront pas en adéquation avec les attentes de rendement.

*est une expression latine signifiant : « que l’acheteur soit vigilant »